Alors, quelles histoires souhaites-tu entendre ?
L'Etoile du Matin ? On sait déjà tout de lui, son courage, ses batailles, ses exploits. Il n'y a pas de faits nouveaux.
La vérité dis-tu ? Ah, mais voilà qui est nouveau. Peut-être même unique. En quoi est-ce que la vérité pourrait t'intéresser ? A quoi te servirait-elle, conteur ? Tes auditeurs se moquent de la vérité, Ils n'en veulent pas et n'en n'ont jamais voulu. Ils veulent des héros, mon garçon. Des hommes extraordinaire, beaux et grands, des hommes d'honneur : les légendaires Highlanders. La vérité, Ils la balayeraient de la table et l'écraseraient d'un coup de talon, comme un vulgaire cafard. Tu sais, la vérité n'est pas belle à voir. [...] Non, crois moi, tu ne veux pas entendre la vérité. Et moi non plus.[...] Mais la vérité ? C'est une dague empoisonnée, mon garçon. Et pourtant, tu veux quand même l'entendre... Non je ne parlerai pas de ces jours.[...] Ne sois pas déçu.[...] Tu vois, le monde entier a entendu parler de l'Etoile du Matin. Il vit dans le coeur et dans l'âme du peuple. Tu connais cette litanie :
Il est la lumière renaissante
Que l'ombre craint ; quand
La nuit descendra sur nous,
Il ne sera pas loin.
Si j'y crois ? Evidemment. C'est moi qui l'ai écrite.[...]
Vois-tu, les chansons qui parlent de la bagarre avec Lykos disent que l'Etoile du Matin l'a affronté en combat singulier tandis que sa bien aimée Astiana avait la corde au cou sur un échafaud. Mais la vie n'est pas souvent une chanson, mon garçon.
C'est une triste réalité pour un barde. Car nous aimons nos héros purs, vois-tu, des hommes dorés, des demi-dieux sans faille. Tout comme nous aimons nos vilains ignobles et le coeur noir. Quant les gens sont assis dans une taverne à siroter leur bière, écoutant une poète les régaler d'une histoire épique, ils n'ont pas envie de penser. Ils ne veulent pas que leur plaisir soit entaché de gris. Non, ils veulent du noir sinistre et du blanc immaculé. Est-ce que les femmes sont différentes ? Non plus. Forcées par leurs pères, et parfois même vendues, à une vie de servitude et de corvées, elles ont besoin de croire que les héros existent. Elles regardent les traits plats et quelconques de leurs maris et rêvent d'hommes au cheveux d'or qui tueraient des dragons pour elles.
Et même dans le vie nous suivons cette coutume. L'ennemi est toujours vilipendé, montré comme une violeur de femmes, un mangeur d'enfants, une épidémie sur la terre, un serviteur de Satan. Les batailles ne sont jamais faites pour la richesse ou le pillage. Oh, non, elles sont toujours représentées comme une guerre ultime entre le bien et le mal. Et quand on regarde la nature humaine, c'est compréhensible. Est-ce que tu peux imaginer la scène ? Le grand roi qui harangue ses troupes du haut de son étalon noir pour l'ultime bataille ? " Très bien, les gars, aujourd'hui on va se battre pour que j'aie le droit de voler l'or de qui je veux. Les ennemis sont des hommes comme vous. De bon bougres, probablement, aves des femmes et des enfants dans leur foyer. Et à la fin de la bataille, quand j'aurai plus de richesses qu'il me sera humainement possible de dépenser dans toute ma vie, la plupart d'entre eux, et en fait, la plupart d'entre vous également, seronts bouffés par les vers ou impotents. En fait, il vaudrai mieux être mort, franchement, parce qu'une fois que vous ne pourrez plus porter d'épée, vous ne me servirez plus à grand-chose. Allez, les gars. Rentrons-leur dedans ! "
Non. Il est préférable pour le pauvre troupier de s'entendre dire qu'il se bat pour Dieu, le bon droit et la justice dans le monde, face à un ennemi enfanté par les ténèbre.
Et pour cette raison mon garçon, tu ne pourrai te satisfaire de la véritable histoire de l'Etoile du Matin, je te le dis, moi, Owen Odell.
David Gemmell - L'Etoile du Matin ( extrait & adaptation )